Enjeux et prospectives : La digitalisation, un impératif à adopter : Enjeux, Innovation et rôle de l’EFTP

Cet article s'inscrit dans le cadre d'une réflexion plus large menée par l'UNESCO, en tant qu'agence spécialisée des Nations Unies pour l'éducation, chargée de diriger et de coordonner l'Agenda Éducation 2030. Plus précisément, cette analyse tire ses enseignements d'une publication intitulée « L'EFTP (Enseignement et la Formation Techniques et Professionnels) transformateur pour le secteur du bâtiment et de la construction : intégrer la digitalisation, l'écologisation et les tendances migratoires » qui examine la transformation de l'Enseignement et de la Formation Techniques et Professionnels (EFTP) dans le secteur de la construction. S’appuyant sur ces travaux, cet article sur la digitalisation fait partie d'une série d'articles qui exploreront les autres enjeux cruciaux de ce rapport tel que l’écologisation et de la question migratoire dans le BTP.

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La digitalisation est un processus consistant à intégrer les technologies numériques dans les opérations et les processus d’un secteur. Dans celui de la construction, l'offre de ressources matérielles et technologiques s'est rapidement développée, cependant le rapport de l’Unesco rappelle que le développement des capacités humaines à maitriser ces outils est en retard face à la rapidité d’innovation actuelle. Face à ce défi, il est clair que l'intégration des nouvelles technologies dans l'EFTP (enseignement et la formation techniques et professionnels) est essentielle pour améliorer la qualité de l'éducation et l'alignement avec les besoins du secteur, tout en rendant l'apprentissage toujours accessible.

Dans cet article, nous allons parcourir les enjeux de la transformation numérique dans le BTP, puis dans une seconde partie, les solutions que l'EFTP doit adopter pour y faire face. Pour cela l’article s’appuie sur les données européennes de l’étude de l’UNESCO.

I. Les enjeux de la digitalisation

L'adoption des technologies numériques est essentielle pour moderniser le BTP, mais elle est ralentie par des obstacles financiers, structurels et pédagogiques.

- Des obstacles structurels et financiers : Bien qu’étant moteur de l’économie mondiale avec un marché représentant 16 000 milliards de dollars en 2024, le secteur du BTP reste très largement fragmenté. En France, 94% des acteurs du secteur sont des PME, la taille et les moyens limités de ces entreprises ralentissent la possibilité d’accès et d’investissement dans l’innovation. Ces PME se heurtent aux coûts élevés d’outils de formations numériques avancés, comme la Réalité Virtuelle (RV) et la Réalité Étendue (RE/XR), les rendant inabordables pour une majorité d’acteurs. Cette réalité peut engendrer des écarts entre les compétences acquises et les besoins réel du chantier moderne. 

-Le défi humain et pédagogique est également un enjeu de taille face à la digitalisation du secteur du BTP. Le développement des capacités humaines observe un retard par rapport à l’accroissement rapide des innovations matérielles et technologique. Cela est dû à un manque de formateurs instruits à ces nouvelles technologies ou à un manque de moyens pour transmettre leurs connaissances liées à ces technologies. Ce constat est généralisé au niveau mondial, même les pays européens développés sont concernés. Des pénuries de formateurs sont signalées en Allemagne, Italie, Moldavie, Géorgie et même en France. Ce manque d'alignement du système creuse la fracture numérique entre formateurs et stagiaires. Ce problème fait écho aux manques de reconnaissance des qualifications étrangères « gaspillant » le capital humain souvent très compétent.[1]

 

II. Les Solutions : L'EFTP, Moteur de la Digitalisation

L'Enseignement et la Formation Techniques et Professionnels (EFTP) est défini dans l'étude comme englobant l'éducation, la formation et le développement de compétences. Ce système est identifié comme un moyen essentiel pour développer l'offre de qualifications requises et doit jouer un rôle central en dotant les futurs travailleurs des techniques et connaissances nécessaires pour faire face aux défis de la digitalisation et transformations du secteur

 

L’intégration des nouvelles technologies dans l’EFTP est primordiale pour concrétiser la digitalisation du secteur. Les outils numériques sont un moteur pour une construction plus verte, ils renforcent l'efficacité des ressources et des conceptions créant un lien positif direct avec le besoin d’écologisation (greening) de secteur.[2] 

 

Ces dernières années, le secteur du BTP a été marqué par de nombreuses innovations numériques. De l’arrivé de l’ordinateur jusqu’à l’IA, l’Unesco met en avant les principales avancées technologiques que l’EFTP doit intégrer pour répondre aux enjeux du secteur :  

-La Modélisation des Informations du Bâtiment (BIM) : une innovation incontournable dans le secteur de la construction, elle est définie dans l’étude de l’UNESCO comme « la colonne vertébrale de la digitalisation ». Pour cause, les avantages du BIM sont nombreux :

-Optimisation des coûts et délais grâce à une meilleure anticipation des problèmes ; 

-Qualité accrue des ouvrages par une meilleure gestion des données techniques ; 

-Durabilité et performance énergétique : le BIM permet de simuler et d’optimiser la consommation énergétique des bâtiments ;

-Collaboration renforcée entre architectes, ingénieurs, entreprises et exploitants.

En somme, le BIM permet une gestion bien plus performante des différentes phases de construction du bâtiment, de la conception à la réalisation. 

 

-Les jumeaux numériques : contrairement au BIM qui a plutôt pour but de rendre la conception et la construction plus efficace, le jumeau numérique a pour but de prolonger cette efficacité dans la durée en exploitant le bâtiment de façon intelligente et durable. Le jumeau numérique est une réplique virtuelle d’un bâtiment ou d’une infrastructure, connectée en temps réel à son équivalent physique grâce aux capteurs et aux données d’exploitation. Ce système va permettre de suivre en temps réel l’état du bâtiment, d’anticiper les pannes, d’optimiser la consommation énergétique et de rendre la gestion plus durable et intelligente.

 

-La Robotique et les Drones : employés pour automatiser les tâches à forte intensité de main-d'œuvre et d'améliorer la sécurité et l'efficacité. Les drones offrent des vues aériennes des chantiers, permettent l’exploration et le déplacement de matériel dans des zones inaccessibles aux humains, réduisant l’exposition des travailleurs à des dangers directs. 

 

-L’intelligence artificielle : est évidement un pilier de la digitalisation. D’après l’étude, l’IA a plusieurs applications importantes par rapport à l’EFTP. L’IA est beaucoup utilisée dans un but d'accessibilité et de réduction des barrières linguistiques grâce à des outils de traduction audio ou textuels. L'IA est également mise en œuvre pour améliorer certains processus d'évaluation et la qualité de l'apprentissage.

L'intégration de ces technologies transforme le secteur, il est donc primordial de les intégrer aux actions de formation pour allier efficacité opérationnelle, sécurité humaine sur les chantiers, et optimisation de l’apprentissage. 

L’EFTP doit adopter des stratégies ciblées, afin d’adopter ces technologies et répondre aux enjeux du secteur. Pour cela il faudra surmonter des obstacles financiers et pédagogiques pour pouvoir : 

-Investir dans les infrastructures numériques : pour équiper les formateurs et les élèves des outils et technologies nécessaires à la formation pratique. 

-Améliorer de la compétence des formateurs : Face au niveau inégal de compétences numériques des formateurs, l'EFTP doit offrir des formations courtes et des stages ciblées pour combler ces lacunes.

 

D’après l’étude de l’UNESCO, pour que la transformation numérique devienne une réalité concrète sur le terrain, les centres de formation doivent actionner des leviers d'action immédiates. L’investissement dans des infrastructures innovantes, notamment les outils de Réalité Étendue (XR) et les simulateurs, offrira un environnement d’apprentissage sécurisé qui minimise le gaspillage de matériaux. Parallèlement, il est impératif de soutenir les formateurs par des programmes de montée en compétences numériques et des immersions en entreprise, garantissant que leur enseignement reste en phase avec les outils utilisés sur les chantiers modernes. Sur le plan pédagogique, l’étude de l’Unesco préconise que les centres de formation placent le BIM au cœur de tous les cursus, tout en adoptant des micro-certifications modulaires pour réagir avec agilité aux évolutions technologiques. Enfin, l’usage de l'intelligence artificielle doit être généralisé comme outil d'accessibilité pour briser les barrières linguistiques et personnaliser les parcours d'apprentissage. En transformant leurs ateliers en hubs d'innovation, les CFA ne se contentent plus de transmettre un savoir traditionnel, ils préparent activement les apprentis à devenir les acteurs d'une construction plus sûre, performante et inclusive.

[1] Ce sujet est traité dans un article dédié :L’impératif migratoire face aux tensions du secteur du BTP | CCCA-BTP

[2] Ce sujet est traité dans un article dédié : La digitalisation, un impératif à adopter : Enjeux, Innovation et rôle de l’EFTP | CCCA-BTP

 

Pour plus d'informations: 

Bartolomé Sembel, chargé de veille, Courriel