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Marketing et communication : Adolescence, orientation et réseaux sociaux : interdire ou accompagner ?

L'orientation revient dans l'actualité au travers d'un rapport parlementaire concernant PARCOURSUP et présenté le 17 février. Le rapport est équilibré et montre bien, finalement, le décalage persistant entre "la massification" du baccalauréat (Moreau 2022) et l'afflux de ces classes d'âge vers l'enseignement supérieur qui pose aujourd'hui un problème structurel.

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Pour les plus jeunes (et pour leurs parents), l'orientation n'est guère moins stressante avec le système d'affectation bien connu, AFFELNET. L'orientation collège s'organise à partir d'un seul palier en deux étapes successives, une étape d’exploration, en 4ème, avec la découverte des métiers et des formations, des activités d’orientation avec Parcours Avenir et parfois la possibilité de découvrir des dispositifs particuliers (3ᵉ prépa‑métiers, SEGPA, etc.) puis une étape décisionnelle, à la fin de la 3ème, avec la formulation des intentions d’orientation par la famille (voie générale et technologique, voie professionnelle, CAP…), l'avis du conseil de classe une décision de la direction (du collège) et enfin l'affectation en lycée (via le fameux AFFELNET). La fin du collège a donc deux issues, soit le lycée, soit la formation professionnelle.

Et la voie professionnelle ?

Pour ce qui concerne la voie professionnelle, deux modalités se présentent qui peuvent complexifier encore, le parcours du jeune et de sa famille : soit la voie scolaire (lycées professionnels), soit la voie apprentissage (avec l'obligation de trouver un employeur). Sans qu'ils soient déterminants le niveau scolaire et l’origine sociale peuvent influencer l'orientation vers le CAP. Les apprentis sont plus souvent des garçons, d’origine sociale moyenne (artisans, commerçants, employés) et issus de zones rurales. Ils se distinguent des élèves en CAP scolaire qui sont davantage issus de milieux défavorisés, de familles immigrées et d’établissements en éducation prioritaire. L'attitude des familles des apprentis se distinguent, de celles des parents d'élèves en CAP, par une meilleure adéquation entre leur souhait et l'apprentissage (79 % des parents d’apprentis avaient souhaité un CAP (contre 63 % pour les élèves en CAP scolaire). Avant l'orientation, 95 % des parents d’apprentis envisageaient l’apprentissage. Par contre les ambitions scolaires initiales sont généralement plus élevées chez les parents des élèves en CAP scolaire que pour les parents d'apprentis (Barhoumi 2024).

L'acte d'apprendre : un sens différent pour apprentis et pour lycéens professionnels.

Les données d'observations empiriques de la note de la DEPPP correspondent avec des études scientifiques qui montrent des façons d'aborder le rapport à l'acte d'apprendre de façons différentes pour les apprentis et pour les lycéens professionnels. Les différences portent davantage sur leurs rapports au monde et à l'avenir que sur leurs relations avec les apprentissages scolaires : les lycéens ont ainsi un rapport davantage orienté vers l'avenir que les apprentis qui organisent leur rapport à l'autre de façon moins définie et ils privilégient une construction de soi marquée par le désir d'autonomie.

Ainsi, les apprentis privilégient-ils les savoirs favorables à la conquête de leur autonomie et de leur indépendance tandis que les lycéens préfèrent s’appuyer plutôt sur l’univers scolaire et la sphère familiale.

Pour autant, bien qu'issus massivement des classes populaires, parfois les plus paupérisées, ces jeunes, lycéens et apprentis, demeurent actifs et auteurs de leurs propres normes, souvent originales, et ils ne se contentent pas d'être condamnés à n'être que les objets d'une normalisation (Capdevielle-Mougnibas et al. 2012).

Le fait adolescent et les réseaux sociaux.

Lycéens, apprentis et étudiants fréquentent d'ailleurs les mêmes lieux de loisirs (Moreau 2003), se rencontrent, échangent, et se connectent sur les mêmes réseaux. Leur identité (à cet âge de la vie où elle est en construction) ne peut pas se réduire ni à des facteurs sociaux, ni à des normes sociales. La question des relations adolescentes est également marquée par des phénomènes nouveaux comme les réseaux numériques qui créent sinon de nouvelles normes, du moins de nouveau code. Personne aujourd'hui ne considèreraient plus ce media comme anodin. Déjà dans les années 60, Marshall Mac Luhan énonçait que le message est le massage (La Galaxie Gutenberg la genèse de l’homme typographique 1977). Un préjugé commun, popularisé par le mythe des générations, consiste à considérer pour acquis l'usage d'un media, aujourd'hui soupçonné de toxicité. L'institution (avis de l'Arcom, adoption selon un procédure d'urgence à l'Assemblée nationale, à la demande du gouvernement, puis examen au Sénat) se mobilise dans l'urgence sur ce sujet grave. Pour autant n'existerait-il pas des alternatives à l'interdiction ?

Quel rôle joue les réseaux sociaux et le téléphone portable pour les plus jeunes aujourd'hui ?

Ces jeunes n’utilisent pas ces plateformes uniquement pour parler à des inconnus.

Elles deviennent un espace privilégié pour échanger avec leurs camarades et, surtout, pour initier des relations amoureuses. Les conversations privées en ligne constituent désormais une étape essentielle avant de se considérer « en couple », bien plus que les interactions en face‑à‑face. Un échange de messages sur Instagram, Snapchat ou Discord est considéré comme un signe d’intimité équivalent – voire supérieur – aux moments vécus hors ligne. Ces outils permettent aux adolescents de s’approcher graduellement, d’oser dire ce qu’ils n’oseraient pas exprimer en personne et d’éviter la gêne ou les moqueries de la cour d’école. Les adolescents documentent leur relation en ligne à travers stories, photos à deux, likes et commentaires, renforçant un lien rendu public et socialement validé. Si les réseaux sociaux sont un espace facilitateur de liens amoureux, ils exposent aussi les adolescents à des risques tels que la divulgation d’échanges intimes ou le harcèlement numérique. Ces risques justifient-ils une interdiction générale ? La communauté des adultes ne devrait-elle pas plutôt accompagner ses adolescents pour adopter des pratiques numériques éclairées. (Lambolez 2026)

L'interdiction des réseau sociaux (dont même la rapporteur doute de l'efficacité : " Ça ne va pas marcher à 100%, il ne faut pas faire rêver tout le monde. On le sait, on en a conscience. Mais est-ce qu'aujourd'hui, il existe un meilleur moyen de protéger nos enfants que celui-ci ? Moi, je n'en ai pas trouvé." RTL, le 02/01/2026) ne risque-t-elle pas alors de manquer sa cible ?

En effet, l'approche réglementaire ignore la structure algorithmique qui pousse les utilisateurs vers des usages intensifs et parfois dangereux, conséquence du modèle économique fondé sur la captation de l’attention par les plateformes numériques. Il ne viendrait à l’idée de personne : "d’interdire de « boire dans un verre au café » sous prétexte que les « verres » peuvent contenir une boisson alcoolisée. C’est bien la vente d’alcool aux mineurs qui est interdite." En assimilant toutes les plateformes à des risques, la loi ne renforce-t-elle pas de la domination de la BigTech au lieu d’encourager la diversification du paysage numérique ? L'interdiction pourrait bien, certes, pénaliser les grandes plateformes toxiques mais aussi des projets innovants conçus pour offrir des environnements plus sains. L’émergence d’alternatives vertueuses qui cherchent à renouveler les écosystèmes d’information et de communication en seraient du même coup, empêchée. Parmi ces alternatives figurent des services de microblogging comme Mastodon et Bluesky, qui fonctionnent sur des modèles décentralisés et moins dépendants de la publicité. Certains projets encore balbutiants mais prometteurs comme Tournesol, Reconnexion, Qwice, Panodyssey et needle.social, déjà fragilisés par la domination des grandes plateformes seront également menacés. Ces réseaux alternatifs émergents proposent pourtant des approches plus éthiques, mais ils manquent de visibilité dans un contexte marqué par l’hégémonie des BigTech. Les sciences humaines et sociales, pourtant riches en analyses structurelles, sont ignorées dans la conception de la régulation.

 

Pour plus d'informations: 

André Jorquera, chargé de projets développement des parcours et orientation, andre.jorquera@ccca‑btp.fr