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Dans les contextes de la formation, de l’éducation et de l’accompagnement, il arrive qu’une situation nous reste « en travers ». Une parole prononcée trop vite ; Une tension dans le groupe ;
Une fatigue inhabituelle ; ou, au contraire, un moment de justesse qui étonne et réconforte.
Sur le moment, au mieux, nous continuons d’agir ou au pire, nous réagissons. Il faut tenir le cadre, le statut, avancer, répondre aux attentes, etc.
Plus tard, parfois longtemps après, la situation revient. Elle insiste. Elle laisse une trace.
Et si cette trace n’était pas un problème à évacuer, à oublier, à s’assoir dessus, et cependant une porte d’entrée vers l’apprentissage professionnel et personnel ?
Les professionnels de l’éducation, de la formation et de la santé sont riches d’expériences en général où se joue la prise en charge de l’humain. Et les organismes de formation dans le bâtiment et des travaux publics en sont également de la partie.
Ces professionnels agissent, s’adaptent, improvisent, répètent des gestes professionnels au quotidien. Pourtant l’expérience, aussi dense soit-elle, ne garantit pas en elle-même le savoir-faire et le savoir-vivre. John Dewey l’a montré très tôt : ce n’est pas l’expérience en tant que telle qui fait apprendre, mais le travail de pensée ce que l’on mène à partir de ce qui a été vécu. Sans ce travail, l’expérience peut même renforcer des automatismes, des habitudes, des croyances, voire des pratiques peu ajustées, simplement parce qu’elles sont familières. Autrement dit, agir ne suffit pas, encore faut-il apprendre de ce que l’on vit.
Dans de nombreux environnements professionnels, l’émotion reste associée à l’idée de fragilité ou de perte de maitrise.
On apprend souvent à la contenir, à la faire taire, parfois à la nier au nom du professionnalisme. Pourtant, l’émotion ne se décrète pas, tu ne décides pas à l’instant T de déclencher la joie réellement ressentie ou la peine, elles sont fruits ou conséquences d’événements. L’émotion arrive par des concours de circonstance. La plupart du temps, elle arrive qu’on le veuille ou non à la suite d’un événement qu’on est en train de vivre et qui impacte nos sens. Elle traverse les situations, oriente les réactions, influence les décisions, par moment à notre insu, de manière inconsciente.
La démarche réflexive ne propose pas de « suivre ses émotions » ni de les analyser pour elles-mêmes. Elle invite à les considérer comme des indicateurs et parties prenantes pour examiner les événements ou situations que l’on vit de manière à cerner tous ces aspects. L’émotion ne dit pas ce qui est vrai ou faux, elle signale que quelque chose se passe en nous et qu’elle mérite mise en question. Une colère peut indiquer qu’une valeur a été heurtée et doit être écouté, doit être prise en compte et, par moment, cela ne va pas jusqu’à la prise en charge. Une tristesse peut révéler un sentiment d’impuissance. Une joie peut signaler une cohérence retrouvée entre intention et action.
Comme le formule Vinod Roghoonundun : « Quand je suis moi, j’essaie de toucher l’émotion la plus juste, la plus pure », non pour s’y enfermer, mais pour accéder à ce qu’elle peut me rendre visible.
Toutes les situations vécues ne sont pas formatrices. Certaines glissent sans laisser de trace. D’autres, au contraire, s’impriment dans la mémoire et c’est là que l’émotion joue un rôle précieux : elle aide à repérer les situations significatives, celles qui méritent d’être travaillées parce qu’elles portent un enjeu réel d’apprentissage. Dans une démarche réflexive, il ne s’agit pas de tout analyser, il s’agit de choisir :
Ainsi, l’émotion devient un fil d’Ariane pour sélectionner la matière de la réflexion.
Un des grands maitres de la vie et de la construction professionnelle est le temps. François Fayolle écrivait : « Le temps n’épargne pas ce qu’on a fait sans lui. »
Dans l’action tout va vite. Les décisions sont souvent prises dans l’instantanéité, sous la pression de l’urgence, des injonctions, des contraintes institutionnelles.
La réflexivité introduit un temps autre. Un temps de pause. Un temps de reprise. Un temps pour revenir sur ce qui a été fait, pensé et ressenti, ce trio est indispensable. Ce passage de l'instantanéité à la réflexivité est décisif. Sans lui, l’émotion reste brute. Avec lui, elle devient matière à compréhension. Kurt Lewin l’exprimait clairement : on ne comprend pas l’action en la répétant, mais en la transformant. Encore faut-il pouvoir la regarder !
Avec l’expérience, de nombreux gestes professionnels deviennent automatiques. Ils sont efficaces, rapides, souvent pertinents. Cependant ils deviennent aussi difficiles à expliquer, y compris à soi-même. « Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça, mais cela me semblait juste sur le moment. »
La réflexivité permet précisément de rendre visible l’invisible : l’émotion joue ici un rôle de révélateur. Elle attire l’attention sur un moment où l’action mérite d’être explicitée, mise en mots, comprise. C’est en cela que la réflexivité est indissociable de l’explicitation : ce qui n’est pas conscient ne peut, ni être transmis ni être transformé.
Pourquoi cette démarche est‑elle si cruciale dans les métiers de la relation humaine ?
Parce que l’absence de réflexivité n’est jamais neutre. Lorsqu’un professionnel agit sans possibilité de retour sur ses pratiques :
La réflexivité agit comme un garde-fou professionnel. Elle permet de questionner des effets sur soi et sur l’autre, d’ajuster ses gestes, de prévenir les formes de maltraitance ordinaire, souvent non intentionnelle.
Prendre le temps de réfléchir à son action, c’est déjà prendre soin :
Ce qui est en jeu, au fond, c’est la qualité de la relation.
Entrer en réflexivité, c’est accepter de ne pas tout savoir, de ne pas tout maitriser.
C’est entrer en relation avec l’autre – apprenant, collègue, accompagné – sur un pied d’égalité en tant qu’humain qui est ou qui est en devenir, dans une posture d’enquête partagée. Edgar Morin nous rappelle, à l'aube de ses 100 ans, en 2022, il écrivait, « nul n’est identique à lui-même en toutes circonstances. Nous ne sommes pas les mêmes dans la tendresse et dans la colère. Reconnaître cette pluralité, chez soi comme chez l’autre, est une condition d’une relation professionnelle ou personnelle apaisée. »
Pour les professionnels, la réflexivité permet de transformer l’émotion en ressources d’apprentissage, de faire de l’expérience un levier d’autoformation, d’autorégulation continue au service de soi et pour les autres.
La réflexivité développe une capacité d’agir plus consciente et plus ajustée.
Concernant les dispositifs de formation et d’accompagnement, la réflexivité favorise :
Dans une aire sociétale marquée par l’incertitude, la réflexivité aide à reprendre la main sur son action, à faire de l’imprévu non un frein, mais un espace de pensée et de création.
Quatre questions pour vous lecteur et pour aller vers la réflexivité
Quelle situation récente de ma pratique, qu’elle soit professionnelle ou personnelle, qui continue de me revenir à l’esprit, qui me taraude, et quelle émotion associée ?
Que m’indique cette émotion sur ce qui était important pour moi dans cette situation ?
Quelles réussites et difficultés puis-je percevoir ?
Si je devais revivre cette situation demain, qu’est‑ce que je ferais différemment même de façon minime et comment je m’appuie sur les connaissances d'autres personnes ?
Pour plus d'informations :
Astou Yansané Arnould, Ingénieure formation en charge des enseignements linguistiques, moral et civique et histoire géographie, Email