Dans celle-ci, le CESE explique que les ruptures ne sont plus l’exception mais tendent à devenir la règle et interdépendantes entre elles. Le monde du travail est actuellement bousculé par de grandes transitions :
- La transition environnementale : de nouveaux métiers apparaissent d’autres deviennent verdissants, cela implique de nouvelles compétences à développer et un impact sur les situations de travail
- Le développement de l'IA : un bouleversement est attendu sur les compétences, sur la manière de les obtenir et de leur conserver. Les tâches intellectuelles deviennent automatisables, il faut donc se demander comment réintégrer le processus d'apprentissage ?
- L’objectif de réindustrialisation : les compétences constituent un outil pour retrouver notre souveraineté à la fois pour retrouver celles perdues et développer celles qui apparaissent
- La question démographique : l’enjeu ici est de pouvoir tous travailler et travailler mieux. Cela pose la question de l’organisation du transfert de compétences entre les travailleurs expérimentés et les jeunes et vice-versa
Face à ces transformations, les compétences ont vu leur durée de vie se restreindre fortement, passant de 30 ans en 1980 à environ 6 à 24 mois aujourd’hui. De plus, différentes dynamiques se mettent en place, certaines compétences deviennent obsolètes et dans le même temps d’autres apparaissent pour répondre aux enjeux actuels. Cela implique de repenser la manière :
- D’identifier les compétences
- De les acquérir
- De les reconnaître, en leur donnant de la valeur.
En parallèle, les rapporteurs estiment que le marché du travail comporte des défauts qui entrainent des difficultés d’insertion et d’emploi pour les jeunes, un taux d’emploi des seniors en France plus faible que la moyenne européenne et des parcours professionnels qui ne récompensent pas au juste mérite les parcours des salariés.
Face à ces constats, le CESE considère que désormais, il est nécessaire de se détacher de l’accumulation de connaissances et des seuls enjeux techniques pour faire de l’entreprise un véritable lieu d’apprentissage, où la capacité d’adaptation deviendrai centrale.
Pour répondre à tous ces défis, le CESE a identifié des évolutions à construire :
- Mieux reconnaitre les talents invisibles au sein des classifications
- Valoriser les softs skills ou « habiletés socio-cognitives » comme les appelle le CESE
- Faire de même avec les compétences transversales ou acquises au travers de l’expérience
- Prendre en compte les compétences développés dans divers rôles : aidants, bénévolats, engagement syndical
- Valoriser et reconnaitre l’investissement dans la formation
- La formation est une réponse aux besoins en compétences et est stratégique pour appréhender les grandes transformations mais elle n’est pas vu comme un investissement actuellement
- Le coût de la formation est immédiat mais les bénéfices sont diffus et arrivent plus tard
Le CESE recommande également de faire évoluer certains outils pour aller vers une vision stratégique des compétences :
- Faire évoluer France Compétences pour lui donner une vision stratégique
- OPCO : travailler sur les observatoires des compétences pour les territorialiser et les amener sur le terrain
- Plan de développement des compétences : nécessité d’accompagner le salarié et l’employeur, pour limiter la perte de chance à l'accès à la formation du au système complexe
- CPF : travailler sur le CPF pour le rendre plus professionnalisant
Enfin le CESE présente deux nouvelles voies à explorer :
- Celle de l’entreprise ou organisation apprenante qui suppose une forte autonomie au travail, un apprentissage en continue et que le salarié participe à la constitution des objectifs sur lesquels il travaille. Ce système serait un levier stratégique pour accompagner les transformations du travail sans laisser de côté ceux qui auraient du mal à s'adapter.
- L’idée d’un CPF qui articule liberté individuelle et stratégie collective : L’idée serait ici de renforcer le dialogue entre les entreprises, les salariés et les conseillers pour faire connaître les métiers en tensions et les forts besoins en compétences, afin que les salariés puissent faire leur choix de formation en fonction, s’ils le souhaitent
Des acteurs ont déjà commencé à travailler sur ces sujets, comme l’Afnor, Aftec ou encore la Caisse des Dépôts, au travers de réflexions ou d’outils.
Au travers de cette étude, nous voyons que les pistes de réflexion concernent à la fois les entreprises, la société et les territoires, qui ont chacun un rôle à jouer pour faire évoluer la valorisation, la reconnaissance, l’acquisition et la transmission des compétences.
Sources :
Séance publique : https://www.lecese.fr/actualites/comment-repenser-notre-approche-des-competences
Etude du CESE : https://www.lecese.fr/travaux-publies/changements-systemiques-et-ruptures-repenser-notre-approche-des-competences
Passeport de compétences, Caisse des dépôts : https://competences.moncompteformation.gouv.fr/espace-public/
Pour plus d'informations :
Fiona Noyer, analyste veille, Courriel