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Innovation pédagogique : JIP MEB 2026 : quand les neurosciences révolutionnent la formation

Si l’enveloppe du bâtiment était au cœur des démonstrations techniques, une autre structure, tout aussi complexe, a captivé l’auditoire des JIP MEB 2026 : le cerveau humain. À travers trois conférences inspirantes portées par les experts en neurosciences Pascal Roulois, Samah Karaki et Bernard Anselem, les enseignements de la science ont été mis à profit de la pédagogie et de la transformation des pratiques de formation.

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Pour ouvrir ces réflexions, Thierry Varachaud, coordinateur de l'événement et ingénieur formation au CCCA-BTP, a posé l'enjeu de ces conférences : « Un formateur doit tirer parti de la puissance et de la plasticité du cerveau, car c’est une véritable bombe ! Comprendre comment ça fonctionne, ce n'est pas appliquer une recette, c'est conforter son intuition par l'expertise pour mieux accompagner le geste professionnel. » C'est avec cette volonté de bousculer les habitudes que ces trois experts des neurosciences ont été invités à partager leurs travaux.

Le « cerveau bayésien » : nous apprenons par l'intuition et la statistique

Personne dans la salle du Palais des Congrès ne s'attendait à sortir de cette session en sachant déchiffrer du cyrillique ! Venu pour une conférence sur le « Partage de pratiques issues des sciences de l’apprentissage », le public s'est retrouvé propulsé par Pascal Roulois, neuropédagogue, dans une expérience de linguistique appliquée. « On va apprendre une langue extrêmement difficile qui s'appelle le russe. Et après, je vous explique comment utiliser les principes pour vos apprentissages », a-t-il lancé à une assistance surprise. En quelques minutes, par de simples associations visuelles et sonores, les participants sont parvenus à lire leurs premiers mots.

Cette démonstration illustre un principe clé : l'enseignement n'a pas besoin d'une accumulation d'instructions descendantes. Le cerveau est « bayésien », il repère naturellement les régularités de son environnement pour en déduire des règles. Pascal Roulois insiste sur cette capacité innée : « On apprend sans avoir besoin tout le temps d'instructions. C'est le cerveau bayésien qui repère une régularité statistique et qui va donc déduire et sélectionner. » Pour les formateurs, l'application réside dans le principe du « L + 1 » : présenter un élément nouveau, le faire utiliser immédiatement, puis ajouter une seule nouveauté pour ne pas saturer la mémoire de travail.

Briser les neuromythes, car l’intelligence est une construction évolutive

Samah Karaki, neurobiologiste, a poursuivi ce cycle avec une intervention dédiée aux « conditions qui favorisent un apprentissage efficace ». Elle a invité à déconstruire les « neuromythes », ces fausses croyances qui figent les capacités. L'idée que l'intelligence serait un trait biologique immuable est une erreur scientifique majeure. L'intelligence est une plasticité qui évolue selon le contexte.

Elle a rappelé que le premier frein est social. C’est ce qu’on appelle la « charge de stéréotype » qui consiste à se croire moins doué parce que l'on vient d'un milieu modeste ou d'une filière technique, et qui coupe instantanément les fonctions supérieures du cerveau.

Le levier pédagogique réside dans la flexibilité mentale : il faut valoriser la pensée en action plutôt que la seule bonne réponse. Samah Karaki a souligné que la noblesse du processus cognitif est la même pour tous : « Le cerveau d'une personne qui effectue un geste ouvrier, même répétitif, mobilise des processus neuronaux de précision et d'adaptation rigoureusement identiques à ceux d'un chercheur travaillant dans son laboratoire. »

La cognition incarnée : le corps comme premier outil de mémorisation

Fil rouge de ces échanges, la « grounded cognition » (cognition incarnée) rappelle que le cerveau apprend par le corps. Le geste physique n'est pas un accessoire, mais le moteur de la mémorisation. Pascal Roulois a expliqué qu'il est souvent plus efficace de « déléguer l’instruction à l’environnement » plutôt que de multiplier les consignes verbales. 

Pour illustrer ce concept, il a pris l’exemple du baseball : on place un ballon sous l'aisselle du joueur. Si le geste est mauvais, le ballon tombe. L'instruction n'est plus une phrase, mais une sensation physique immédiate. L'environnement devient alors le formateur. En supprimant le besoin de réfléchir à sa posture, on libère les ressources du cerveau pour la précision du geste.

Comme l’a résumé Pascal Roulois : « Plus on peut déléguer à l’environnement l’instruction, moins il y a de chances que l’instruction soit filtrée par le cerveau, et plus l’instruction va être adaptée. » Cette contrainte matérielle libère l'esprit de l'apprenant, qui peut se consacrer pleinement à la qualité de son travail.

Intelligence collective : se connecter à l'autre pour engager l'attention

Enfin, Bernard Anselem, médecin spécialisé en neurosciences cognitives, a clôturé les échanges avec une conférence intitulée : « Intelligence collective : quels comportements donnent envie de vous écouter ? ». Sa prise de parole a mis en lumière le fait qu’un apprenant stressé voit ses fonctions exécutives s'effondrer au profit des mécanismes de survie. Par conséquent, l'intelligence collective d'un groupe ne dépend pas du QI de ses membres, mais de leur sécurité psychologique.

Pour engager les autres, Bernard Anselem préconise de s'intéresser à l'humain avant l'objectif : « Si vous voulez que les autres s'intéressent à vous, intéressez-vous d'abord à eux avant de vous intéresser à vos objectifs. » Le formateur doit donc résister à l'impulsion du conseil immédiat et préférer le questionnement empathique. Un apprenant qui énonce lui-même sa solution active son circuit de la récompense et s'engage de façon plus pérenne.

Pour Thierry Varachaud, le message de ces conférences inspirantes était clair : la formation de demain doit passer par une meilleure compréhension et une meilleure gestion de la charge cognitive pour libérer tout le potentiel des futurs artisans.