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Au cœur de la compétition avec Mathilde Mortier

Le secret de l’excellence : faire vite et bien

Au deuxième jour de la compétition, la pression est montée d’un cran. Les 1 300 candidats sont totalement immergés dans la réalisation de leurs épreuves. La gestion du temps est cruciale. Chaque minute compte dès que le signal de départ est donné au son d’une cloche, d’un sifflet ou d’un vuvuzela.

Au pôle peinture et décoration, les compétiteurs ont commencé la réalisation de leur sujet libre, à l’instar de l’œuvre réalisée par la candidate française Mathilde Mortier, qui représente une matriochka, en hommage à la Russie. Reportage…

 

 

 

Toutes les couleurs du monde

Mathilde Mortier, 20 ans, est originaire de la région Hauts-de-France et formée à BTP CFA Hesdigneul-lès-Boulogne et BÂTIMENT CFA Dieppe. Elle a découvert sa passion pour le métier de peintre décorateur en décorant l’appartement de sa mère.

Comme les autres concurrents, elle doit se démarquer dans une épreuve de vingt heures, constituée de trois modules. Le premier met en œuvre le design et la conception, le deuxième mesure la créativité avec la réalisation d’une œuvre libre et le troisième est une épreuve de rapidité, le speed module.

 

Mathilde Mortier, candidate en peinture et décoration

 

Toutes les compétences sont mises à l’épreuve : pose de papier peint, peinture au pistolet, peinture d’une porte en trois couleurs, ainsi que plinthes et châssis. Pour l’expert métier et coach de Mathilde, Phillippe Paillard, « la difficulté est de faire vite et bien. Il est indispensable de bien s’organiser pour gérer le stress. Quant au dosage entre précision et rapidité, c’est le travail de l’analyse des gestes, notamment avec la vidéo, qui permet d’obtenir un maximum d’efficacité en un minimum de temps. Enfin, il y a la stratégie : le design doit être parfait car il est particulièrement déterminant. »

 

Philippe Paillard, expert métier en peinture et décoration

 

Mathilde semble bien gérer le stress. Pour ses amies Laura et Eva, venues l’encourager, la concurrente française est discrète mais s’investit à 100 %. « C’est une bosseuse. Elle parle de son métier avec passion », confie Eva. « Elle est consciente de ses capacités. Elle ne lâche rien et sait se surpasser », ajoute Laura. Une équation qui devrait se montrer payante au coup de sifflet final.

 

Pôle peinture et décoration

 

 

Des épreuves couleurs

La compétition en peinture et décoration dure entre dix-huit et vingt-deux heures, six heures par jour.

Mathilde Mortier évolue dans un espace composé de deux murs : un pan de quatre mètres et un de deux mètres, tous les deux d’une hauteur de 2,50 m. Sur la plus grande partie du mur, Mathilde se livre à trois exercices : réalisation d’une forme géométrique, une épreuve de rapidité ; application de peinture avec une recherche de teinte, claire et foncée ; réalisation d’une œuvre libre.

Ensuite, sur un autre pan de mur, Mathilde doit mettre en peinture une porte isoplane, à la fois à la brosse et au pistolet avec une préparation à l’enduit au préalable. « Cette année nous avons eu moins d’informations sur l’épreuve. On a juste eu la référence de la peinture et du papier peint. On ne connaissait pas le sujet imposé de la figure géométrique », précise Philippe Paillard, l’expert métier.

 

 

Les épreuves sont organisées en cinq modules. Plusieurs ouvrages à réaliser composent ainsi la compétition, qui viennent s’ajouter au fur et à mesure les uns sur ou contre les autres. Chaque ouvrage est ainsi indépendant l’un de l’autre pour la notation. Pour l’épreuve de lettrage, c’est une précision millimétrée qui est exigée, avec une marge d’erreur de plus ou moins un millimètre.

 

Candidate de l’Équipe d’Allemagne sur l’épreuve de lettrage

 

« Mathilde est très calme, réfléchie, très sereine et soigneuse. Elle est allée à Brasilia pour s’entraîner avec son concurrent brésilien. C’était très formateur de se confronter à des techniques différentes dans un environnement étranger, précise Philippe Paillard. La médaille se joue entre 0,25 et 0,5 point. La prise de cote, le grand soin apporté aux finitions et un espace de travail propre sont aussi des éléments déterminants qui comptent dans l’évaluation. La précédente candidate française à Abu Dhabi a été médaillée de bronze. Elle a manqué l’or d’un point. La concurrence est rude ! », conclut l’expert métier.

 

 

De la vitesse, mais pas que…

L’un des temps forts de cette deuxième journée de compétition en peinture et décoration était l’épreuve de vitesse appelée « speed module ». Il s’agit d’un exercice de traçage et d’application de peinture dans un délai le plus court possible. La notation porte sur la rapidité, les traçages et la couleur.

Le sujet a été communiqué aux candidats quinze minutes avant le départ de l’épreuve. Experts métier et concurrents ont pu échanger une poignée de minutes avant de commencer pour une analyse expresse de l’ouvrage à réaliser.

 

 

Qui a le plus rapide coup de pinceau au monde ? Réponse en moins d’une heure, le temps nécessaire estimé pour réaliser l’épreuve. La vitesse compte. Mais l’essentiel est ailleurs. Il est dans le travail de précision et d’application.

Tout est dans l’habileté et la connaissance des techniques de peinture, mais aussi dans le choix de la meilleure stratégie, avec le choix de la première teinte à appliquer ou encore le tracé des formes.
Car si la vitesse impose de faire vite pour finir le plus vite possible, l’épreuve impose aussi de faire bien. C’est le coup de main qui en fin de compte fait la différence. Il ne faut surtout pas négliger le détail. Le rendu doit être des plus harmonieux, en un mot : parfait.

 

Au pôle peinture et décoration lors de l’épreuve du speed module

 

Lancée à pleine vitesse, Mathilde ne se laisse pas impressionner par les petits groupes de visiteurs qui stationnent devant elle et les supporters français venus assister à l’épreuve. Le plan de la figure géométrique à réaliser est à la portée de son regard, posé sur le côté du panneau de travail. Mathilde commence par le tracé de l’ouvrage, à l’aide d’une grande règle métallique. Son œil est avisé. Son geste est précis, assuré et rapide.

 

Mathilde Mortier durant l’épreuve de speed module

 

Un travail de précision, avec une qualité de finition et un assemblage des couleurs qui devraient lui rapporter des points. Un travail d’orfèvre. Ça y est, le speed module est terminé pour Mathilde, arrivée dans le top cinq.
À peine l’épreuve terminée, elle est déjà passée à autre chose. Sans autre formalité. Elle reprend son travail sur l’un des modules de la compétition, comme si le speed module n’avait été qu’une brève parenthèse. Toujours très concentrée et entièrement dévolue à la compétition, elle exprime tout son savoir-faire dans les règles de l’art de son métier.

 

 

Rencontre avec…

Hervé Duboscq est formateur à BÂTIMENT CFA Caen. Il a accompagné et entraîné Mathilde Mortier durant de longs mois de préparation à la compétition. Speed module et explications expresses.

Quelles sont les principale difficultés de l’épreuve ?

Les principales difficultés sont de repérer les lignes sur le mur et d’appliquer parfaitement les bandes de cache. Quant aux couleurs, quatre à cinq sont privilégiées et généralement préparées la veille de l’épreuve. Comme il s’agit d’une recherche de teinte, il est impératif qu’elles soient réussies.
Les candidats travaillent sur un nuancier, sur lequel se trouve la couleur préparée. Ils doivent retrouver les teintes qui s’y trouvent. C’est là qu’est la recherche de teinte. Les candidats peignent la moitié du nuancier. Les jurys retirent alors un adhésif au milieu du nuancier et vérifient s’il y a une différence de couleur entre les deux teintes.

 

 

Le speed module est-il une épreuve qui compte ?

Le speed module est une épreuve importante, qui peut coûter une médaille au candidat. Par exemple, en 2016, Julien Lair, qui concourrait eux EuroSkills à Göteborg, a manqué la médaillé d’argent à cause de cette épreuve, avec une bande adhésive mal placée sur les lignes de traçage.
Mathilde s’est beaucoup préparée à cette épreuve. Elle s’est entraînée en reprenant les speed modules des compétitions précédentes et des épreuves conçues par l’expert métier Philippe Paillard.

 

 

Une affaire de famille

Il est 16 heures sur le pôle peinture et décoration. Mathilde Mortier fait un signe de la main à un expert métier : elle vient de terminer son « speed module ». Une petite heure qui ont fait vivre l’angoisse à la famille de Mathilde, venue la soutenir. « Cette épreuve nous a semblé aussi rapide qu’interminable ! », avouent ses parents d’une même voix. Mais comment, une jeune femme de 21 ans arrive-t-elle en finale internationale de la WorldSkills Competition en août 2019 à Kazan ?

« Mathilde a exprimé très tôt son envie de devenir peintre, c’est une artiste dans l’âme. Mais il a fallu que ma fille se batte pour imposer son choix face aux a priori du système scolaire et aux idées reçues sur métier auquel elle voulait se former », déplore Corinne, la mère de la jeune championne. « Les métiers du bâtiment, c’est aussi une tradition familiale, renchérit Étienne, son beau-père. Issu d’une famille d’artisan, j’ai été successivement formé aux métiers de maçon, carreleur puis couvreur au CFA du BTP d’Hesdigneul-lès-Boulogne, où mon frère est aujourd’hui formateur », précise-t-il.

 

 

Encouragée par des parents attentifs, Mathilde est bien entourée. Son petit ami Benjamin la soutient pleinement dans sa quête de perfection. Il a conscience que c’est une étape importante dans sa vie professionnelle et personnelle. Son engagement auprès d’elle est indéfectible. Tout comme celui de Manon, sa sœur cadette qui souhaite entreprendre des études d’architecte. De belles fondations pour se construire professionnellement et viser l’excellence.

 

 

Première semaine de préparation technique de Mathilde Mortier

Mathilde Mortier a commencé l’aventure de la WorldSkills Competition grâce à une amie fleuriste qui avait participé au concours.

Retour sur sa première semaine de préparation technique, aux côtés de sa suppléante Nancy Maurille et qui représentera la France aux EuroSkills 2020 en Autriche.

 

 

 

Un entraînement sur-mesure

Retour sur la troisième semaine de préparation technique de Mathilde Mortier, qui s’est entraînée au lycée professionnel Gaston Lesnard à Laval sous la direction de Philippe Paillard, expert métier peinture et décoration pour WorldSkills France.

« On s’entraîne sur d’anciennes épreuves et des monuments de la Russie que j’ai tracés. Nous sommes très attentifs aux gestes de Mathilde, que parfois nous filmons afin de les modifier pour gagner en précision et en rapidité. », explique Philippe Paillard.

 

 

 

Détecter les axes d’amélioration

Tout au long des mois précédant la compétition, Mathilde Mortier s’est activement entraînée à BÂTIMENT CFA Caen, aux côté de Hervé Duboscq, formateur en peinture et décoration et coach de la championne.

Retour sur la première semaine de préparation technique de Mathilde. Objectif : réaliser d’anciennes épreuves des Olympiades des Métiers pour tester sa rapidité et la maîtrise des outils. « À ce niveau de compétition, il faut faire preuve d’une très grande dextérité et apprendre des techniques non connues en France », précise Hervé Dubosq.

 

Retrouvez la série « Objectif Kazan 2019 » sur ccca.btp.fr

 

 

Un calme bien charpenté

Autre ambiance et autre métier avec la charpente : grande pièces à tailler, odeur de bois et bruit de machines donnent le ton. L’équipe de France y est représentée par Baptiste Menestrello.

Ce fils de maçon venu des Pays de la Loire est un modèle de calme assure Jonathan Lahaye, expert charpente et coach du jeune homme. « Il est très posé et impénétrable au stress. Chaque geste compte. On a l’impression qu’il est lent, car il ne courre pas, mais en réalité il est plus rapide que ceux qui s’agitent. » Le niveau de l’épreuve est très élevé, mais le coach est confiant et affirme : « Clairement, on vise une médaille ! »

 

Baptiste Menestrello, candidat français en charpente

 

Jonathan Lahaye, expert métier en charpente

 

Baptiste Menestrello

 

 

La compétition en images

 

Jérémy Fournier, candidat français en maçonnerie

 

Visiteurs sur le site de compétition

 

Francis Perrot-Minnot, candidat français en métallerie

 

Supporters de l’Équipe de France des Métiers

 

Baptiste Menestrello, candidat français en charpente

 

Louis Cozette, candidat français en service en salle

 

Baptiste Gedalge, candidat français en administration des systèmes et réseaux informatiques

 

Jeune visiteur à l’ouvrage sur un stand de démonstration…

 

Samy Trabelsi, candidat français en plâtrerie et constructions sèches

 

Antoine Heurteux, candidat français en boulangerie

 

Grégoire Bouffart, candidat français en maintenance des matériels

 

Gaël Hunault, candidat français en mode et création

 

Julien Genibel, candidat français en maintenance aéronautique

 

Supporters français