Le CCCA-BTP, à l’initiative d’une action de mobilité européenne virtuelle avec l’Italie

Le CCCA-BTP, à l’initiative d’une action de mobilité européenne virtuelle avec l’Italie

Le CCCA-BTP a initié l’organisation d’une action de mobilité européenne virtuelle entre BTP CFA Indre-et-Loire et le l’école professionnelle de la construction de Tarente (Italie). En deux sessions, cette action de formation à distance inédite, a permis à une quinzaine de jeunes apprenants italiens de découvrir, grâce à un dispositif vidéo dynamique et interactif installé dans l’atelier BTP CFA Indre-et-Loire, les techniques et l’organisation du travail de la pierre en France.

Rester mobilisé pour les actions de mobilité européenne des apprentis, malgré la Covid-19 : tel est l’objectif du CCCA-BTP pour adapter les actions de mobilité européenne au contexte actuel. Un échange européen en distanciel s’est déroulé en février 2021 entre BTP CFA Indre-et-Loire (Saint-Pierre-des-Corps) et l’école professionnelle de la construction de Tarente (Italie), membre du réseau national FORMEDIL (Institut pour la formation professionnelle dans le secteur de la construction).

« Au printemps 2020, Francesco Pasanisi, le directeur de l’école professionnelle de Tarente a contacté le CCCA-BTP pour envisager l’organisation d’une session de formation en France à destination de jeunes italiens inscrits dans un programme de formation intitulé "Opérateur en maçonnerie de bâtiments historiques avec des techniques traditionnelles du territoire". Compte tenu de la situation sanitaire, cette action a été repoussée à plusieurs reprises. Pour autant, le directeur de l’école de Tarente ne souhaitait pas abandonner le projet. Plusieurs scénarios ont été envisagés et l’idée d’un échange virtuel s’est imposée. »

Marek Lawinski, responsable du pôle Internalisation des compétences au CCCA-BTP

Le CCCA-BTP a alors contacté le BTP CFA Indre-et-Loire, qui propose une formation de tailleur de pierre. L’équipe de direction a répondu favorablement à cette demande, avec une mobilisation immédiate.

« Quand le CCCA-BTP nous a fait cette proposition, nous avons immédiatement réagi positivement, d’autant que les échanges européens font partie de nos priorités au niveau de l’association régionale BTP CFA Centre-Val de Loire. C’est la première fois que nous avons une relation avec l’organisme de formation de Tarente. Cet échange européen virtuel est une opportunité pour valoriser notre expertise et notre savoir-faire dans la taille de pierre. La crise sanitaire n’est pas une barrière pour continuer à assurer de façon permanente nos échanges avec nos amis européens. Nous espérons que ces jeunes italiens pourront bientôt venir dans nos locaux, pour découvrir notre atelier et bénéficier d’une expérience en entreprise. L’école de Tarente est également prête à accueillir des apprenants français, dès que la situation sanitaire le permettra.»

Patrice Marcou, directeur de BTP CFA Indre-et-Loire

Transmettre la passion du métier

L’objectif pédagogique de cette action de formation à distance souhaité par l’école professionnelle de la construction de Tarente consistait à découvrir et comprendre comment s’organisent le métier de tailleur de pierre en France, les conditions et modalités de formation, ainsi que les techniques de travail. L’action de formation s’est déroulée en février 2021, en deux sessions (du 3 au 5 février et les 24 et 25 février), chaque après-midi de 13 h 30 à 16 h 30.  Ces sessions de formation et d’échange en ligne de trois heures ont été menés par Mathieu Bodin, formateur en taille de pierre depuis treize ans à BTP CFA Indre-et-Loire.

« Quand on m’a sollicité, j’ai tout de suite été partant, surtout dans ce contexte de crise sanitaire où les échanges manquent. Les Italiens sont curieux du savoir-faire français dans la taille de pierre. Malgré leur riche patrimoine, ils ont perdu cette compétence. Les architectes ont gardé le tracé et le dessin technique, mais la formation de tailleur de pierre a été quelque peu délaissée. Cette expérience inédite permet de sortir de sa zone de confort, de se remettre en question. J’ai créé à cette occasion un site Internet pour favoriser les échanges et expliquer plus simplement la technique. J’ai notamment présenté les styles architecturaux de notre région, mais aussi les caractéristiques géologiques des pierres sur lesquelles nous travaillons au CFA. Si on ne peut pas transmettre pleinement la pratique de la taille à travers cet échange virtuel, nous avons pu communiquer beaucoup d’informations sur l’histoire de l’architecture de la Touraine, le dessin technique. Surtout, nous avons transmis notre passion du métier ».

Mathieu Bodin, formateur en taille de pierre à BTP CFA Indre-et-Loire

À la recherche d’un mode d’apprentissage performant

« Les Italiens souhaitaient savoir comment nos apprentis sont formés, pourquoi ils sont opérationnels et performants sur le marché du travail. La région des Pouilles souhaiterait être précurseur en Italie pour changer le système d’apprentissage, qui n’est plus pour elle suffisamment attractif ; la main-d’œuvre qualifiée est très rare. Les Italiens sont à la recherche d’un mode d’apprentissage efficient, qui a fait ses preuves. Notre système de formation par alternance a beaucoup intéressé les jeunes italiens. Ils étaient surpris que les apprentis français aient un salaire tous les mois ! J’ai senti que ça les faisait rêver. J’ai notamment expliqué qu’en 2nde année de CAP, nous apprenons aux jeunes à réaliser une pièce dans les mêmes temps qu’en situation professionnelle. En France, la formation n’est pas déconnectée des enjeux économiques de l’entreprise, alors qu’en Italie, les jeunes sortent de l’école sans avoir conscience des réalités d’une entreprise et de sa logique de rentabilité. Ici, un jeune est opérationnel et employable dès la fin de sa formation. »

Mathieu Bodin, formateur en taille de pierre à BTP CFA Indre-et-Loire

Un échange virtuel dynamique et interactif

La conception de cet échange européen virtuel n’a pas été une simple transposition en visioconférence d’un contenu initialement prévu en présentiel. Chaque intervention a été pensée et conçue pour un format à distance. Les activités des jeunes et des formateurs, l’aménagement des locaux, la disposition du matériel et des personnes, le choix du matériel pédagogique et didactiques ont été réalisés en conséquence, de manière à donner la plus grande efficacité possible à cette action de formation inédite.

« Les Italiens souhaitaient savoir comment nos apprentis sont formés, pourquoi ils sont opérationnels et performants sur le marché du travail. La région des Pouilles souhaiterait être précurseur en Italie pour changer le système d’apprentissage, qui n’est plus pour elle suffisamment attractif ; la main-d’œuvre qualifiée est très rare. Les Italiens sont à la recherche d’un mode d’apprentissage efficient, qui a fait ses preuves. Notre système de formation par alternance a beaucoup intéressé les jeunes italiens. Ils étaient surpris que les apprentis français aient un salaire tous les mois ! J’ai senti que ça les faisait rêver. J’ai notamment expliqué qu’en 2nde année de CAP, nous apprenons aux jeunes à réaliser une pièce dans les mêmes temps qu’en situation professionnelle. En France, la formation n’est pas déconnectée des enjeux économiques de l’entreprise, alors qu’en Italie, les jeunes sortent de l’école sans avoir conscience des réalités d’une entreprise et de sa logique de rentabilité. Ici, un jeune est opérationnel et employable dès la fin de sa formation. »

Marek Lawinski, responsable du pôle Internalisation des compétences au CCCA-BTP

L’équipe de BTP CFA Indre-et-Loire a mis en œuvre les moyens matériels et mobilisé les compétences adaptées à la configuration choisie. Le responsable du CRAF (Centre de ressources et d’aide à la formation), Mickaël Tassin, s’est transformé à l’occasion en technicien régisseur pour une réalisation vivante et interactive.

« Le défi technique était d’avoir une diffusion multi caméras de bonne qualité, avec un son correct. Il n’était pas question d’utiliser un ordinateur dans l’atelier avec une webcam fixe. Je souhaitais que la réalisation soit dynamique en utilisant quatre caméras (deux téléphones, une webcam, un appareil photo vidéo). Ce dispositif a permis aux italiens d’être en immersion dans l’atelier, ils ont pu voir les jeunes français travailler sur leur ouvrage, poser facilement toutes les questions qu’ils souhaitaient, mais aussi bénéficier d’une visite guidée par le formateur autour de toutes les réalisations exposées. Ce dispositif a facilité les échanges et les interactions avec les jeunes de l’école de Tarente. »

Mickaël Tassin, responsable du CRAF de BTP CFA Indre-et-Loire

Une expérience qui peut être déployée dans d’autres organismes de formation

Cet échange virtuel a montré que la qualité technologique de diffusion et de transmission était garante de la qualité de l’action mise en place. Fort de cette expérience, d’autres projets de mobilité européenne pourraient être mis en place au sein d’autres organismes de formation aux métiers du BTP.   

« Cette action de formation s’est très bien déroulée, au delà de nos espérances. Il ne s’agissait pas d’une transposition de ce qui est fait dans un cours classique, mais d’une véritable création. Chaque intervention a été pensée et conçue pour un format distanciel. Nous voyons aujourd’hui que ce dispositif peut être modélisé et décliné. Cela permettrait, par exemple, de développer la mobilité européenne “hybride” prônée par l’agence Erasmus : nous pourrions préparer des actions de mobilité avec deux à trois séances en amont d’un déplacement dans un pays d’accueil, et à l’inverse, prolonger un séjour via des actions de formation virtuelles. C’est envisageable et possible.»

Pierre Touillon, conseiller en internationalisation des compétences et en charge de projets européens au CCCA-BTP

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Thierry Brun, tailleur de pierre maçonnerie à
Benais (37)

« J’ai beaucoup apprécié cet échange et je suis prêt à accueillir un jeune italien dans mon entreprise ! »

« J’ai effectué mon apprentissage en 1980 au CFA du BTP de Saint-Pierre-des-Corps et j’ai toujours gardé un lien avec le CFA. Depuis, j’ai déjà formé une vingtaine d’apprentis, mais cette année je suis seul, faute de candidats. Martin Bodin, le formateur, m’a proposé de participer à cet échange virtuel pour témoigner de la façon dont l’apprenti s’intègre dans l’entreprise et évoquer la fonction du maître d’apprentissage. J’ai constaté que les italiens ont une tout autre approche, puisque les jeunes sont scolarisés cinq ans, avant d’aller dans une entreprise. Finalement, cette comparaison nous montre que le système d’apprentissage français est plus opérationnel : après un CAP, un jeune peut être embauché. J’ai beaucoup apprécié cet échange et je suis prêt à accueillir un jeune italien dans mon entreprise ! »

Maxime Montier, 19 ans, 2nde année CAP taille de pierre au BTP CFA Indre-et-Loire

« Les jeunes italiens étaient surpris qu’on soit formés en alternance et rémunérés par notre entreprise. »

« J’ai trouvé cet échange très enrichissant. Les jeunes italiens nous ont posés des questions sur notre formation, les techniques de taille, le déroulement de la formation au CFA et les rapports avec notre maître d’apprentissage en entreprise. Ils étaient surpris que nous soyons formés en alternance et rémunérés par notre entreprise. Au CFA, dans notre formation, nous nous entraînons à refaire la pièce à l’identique, en la réalisant à chaque fois plus rapidement. Alors qu’en Italie, ils vont prendre leur temps pour tailler une pierre. J’espère que ces étudiants viendront en France pour leur montrer notre patrimoine. Cela me plairait également de passer plusieurs semaines en Italie. »

Louis Barrot, 23 ans, 2nde année CAP taille de pierre au BTP CFA Indre-et-Loire

« La formation taille de pierre en Italie est très différente de la nôtre. »

« J’ai beaucoup apprécié cet échange avec les italiens, même à distance. Leur formation est très différente de la nôtre. Ils apprennent à travailler différents matériaux (pose de briques, carrelage, pierres) et c’est seulement en dernière année qu’ils choisissent la spécialité taille de pierre. Ce qui m’a surpris, c’est que, contrairement à nous, ils ne travaillent pas sur une véritable pierre mais sur du béton cellulaire, qui ressemble au tuffeau. Nous apprenons à réaliser des détails artistiques, des moulures, alors qu’en Italie, ils s’entraînent juste à tailler. J’aimerais beaucoup aller là-bas pour les rencontrer vraiment, mieux me rendre compte de ce qu’ils font et mieux leur expliquer comment nous travaillons. »