Le secteur de la construction s’ouvre aux Open Badges

Le secteur de la construction s’ouvre aux Open Badges

14 décembre 2020 – Les Open Badges s’imposent en France, notamment dans le secteur de la construction. Les premiers ont été édités à l’occasion de la dernière édition du concours « Les Génies de la Construction ! ». Depuis, une réflexion s’engage pour que l’ensemble des acteurs s’en emparent. En parallèle, se développe le projet des « Passeports pour la construction », pour donner une pleine valeur aux Open Badges et ainsi insuffler une plus grande attractivité au secteur.

Petit à petit, l’idée des Open Badges fait son chemin dans le secteur de la construction. Informer et sensibiliser les acteurs de la construction sur cet outil innovant de validation digitale des compétences et lui donner une visibilité et une efficacité pour l’ensemble du secteur, était l’objet du webinaire  qui s’est tenu le 27 novembre à l’initiative de Sandrine Mansoutre, directrice de l’École française du béton (EFB), en compagnie d’Éric Rousselle, CEO de Open Badge Factory, une plateforme polyvalente pour les organisations qui souhaitent créer, émettre et gérer des badges numériques.

L’histoire des Open Badges

Créés en 2011 par la fondation Mozilla, les Open Badges fournissent un système d’accréditation, qui vise à valoriser les apprentissages informels, qui représentent 90 % de ce que nous apprenons tout au long d’une vie. Ces badges s’inscrivent dans une époque où les compétences et les connaissances évoluent et nécessitent des mises à jour permanentes. Ils ne visent pas à remplacer un diplôme ou une certification, mais à les compléter. L’objectif est d’engendrer de nouvelles opportunités de carrière et d’éducation promouvant la reconnaissance des compétences et des réalisations acquises par le biais d’un apprentissage.

Un Open Badge est une image numérique dans laquelle sont enregistrées un certain nombre d’informations dont les principales sont : l’identité du récepteur du badge, celle de l’émetteur, les critères d’attribution du badge et les preuves justifiant son attribution. Il constitue une déclaration numérique vérifiable et infalsifiable relative aux expériences, réalisations, compétences, engagements, valeurs ou aspirations d’une personne. Les Open Badges peuvent être utilisés au delà de la reconnaissance des connaissances et des compétences. Cela peut-être à la fois un badge de participation, d’engagement, ou encore un badge collectif de projet, de savoir-faire, d’une fonction ou d’un intérêt.

Utilisés dès leur apparition en 2011 aux États-Unis, les Open Badges arrivent en France en 2017 avec l’idée de créer des territoires apprenants : « Badgeons la Normandie » en 2017 et la création de l’association Reconnaître en 2018 pour « bâtir une société de la reconnaissance ». D’autres initiatives territoriales se sont lancées, telles que « Badgeons le Centre Val-de-Loire », « Badgeons le Pas-de-Calais », ou encore le réseau B.O.A.T « Badges Ouverts à Tous – Reconnaître en Nouvelle-Aquitaine ».

Des Open Badges pour le concours « les Génies de la Construction ! »

Dans le secteur de la construction, c’est à l’occasion de la 16e édition du concours « Les Génies de la Construction ! », en 2020, que les Open Badges ont fait leur apparition, pour pallier les changements d’organisation du concours du fait du contexte sanitaire. Ouvert aux élèves de collèges, de lycées et de l’enseignement supérieur, ce concours leur permet de mener une réflexion collaborative et prospective, liée aux nouveaux défis de la construction.

« Ce concours n’a pas pu se faire dans des conditions normales en raison de la crise sanitaire, la catégorie Lycée ayant été annulée. Le comité d’organisation s’est demandé comment valoriser malgré tout le travail qui a été engagé par les jeunes. Nous nous sommes orientés vers les Open Badges en créant « Les Open Badges Les Génies de la Construction ! » de participation pour les lycéens et de lauréat des étudiants de l’enseignement supérieur. Au total, 146 Open Badges ont été distribués, et 40 % ont été activés. Les jeunes étaient ravis de cette distinction. Certains connaissaient, d’autres pas. Dans tous les cas, ils ont très vite saisi l’intérêt de cette démarche, c’est quelque chose qui a de la valeur à leurs yeux. Cette initiative apporte de la modernité à ce concours et cela peut motiver des jeunes à y participer. Nous allons l’inscrire dans la durée et lui donner davantage d’ampleur pour l’édition 2021, en éditant un plus grand nombre de badges. »

Sandrine Mansoutre, directrice de l’École française du béton (EFB) et membre du comité d’organisation du concours « Les Génies de la Construction ! ».

Développer les Open Badges dans le secteur de la construction

Depuis leur apparition, ce sont 25 millions de badges qui ont été émis. Ils s’imposent nettement dans différents secteurs, notamment en France. C’est le cas du secteur de la construction, qui s’intéresse de près à cette évolution. Le webinaire organisé le 27 novembre était une première étape pour sensibiliser l’ensemble des acteurs de la construction de l’intérêt à mettre en place des Open Badges.

« Il est important que nous nous interrogions dès maintenant sur l’importance des Open Badges pour notre secteur. Nous avons tous cette préoccupation d’attirer plus de jeunes, de donner plus de visibilité sur les offres d’emplois et la diversité des formations. Les Open Badges peuvent à la fois faciliter et favoriser l’employabilité : ils peuvent aider à l’embauche de travailleurs peu qualifiés, mais aussi aider une entreprise à la recherche d’une compétence spécifique. Ils sont aussi une réponse à l’émergence rapide de nouveaux métiers qui devancent la mise en place de certifications. Les Open Badges permettent ainsi une grande flexibilité en créant des parcours de formation adaptés, transversaux ou spécifiques. Leur usage dans le secteur de la construction offrirait la démonstration que notre secteur est plus que jamais ouvert et attractif et qu’il peut ainsi attirer d’autres personnes pour s’y investir. Et pour ceux qui sont déjà intégrés, les badges seraient l’occasion pour les salariés de monter en compétence et aussi de s’engager dans des parcours de formation qu’ils n’avaient pas imaginés. »

Sandrine Mansoutre, directrice de l’École française du béton (EFB)

Créer une plateforme d’usage des Open Badges dans le domaine de la construction

N’importe quel organisme, institution, ou entreprise peut créer et attribuer des Open Badges. Une fois émis, ils peuvent être exportés dans un « sac à badges », une application permettant de centraliser tous ceux obtenus, quels qu’ils soient. Ces services en ligne, tels que « Open Badge Passport » ou « Mozilla Backpack », permettent de simplifier la réception, le stockage, l’organisation et le partage des badges numériques pour leurs bénéficiaires. C’est aussi un espace communautaire pour mettre en valeur et faire reconnaître ses compétences à travers son réseau.

« Un Open Badge ne doit pas être réduit à un certificat. Il est par définition social, il doit être facilement partageable sur les réseaux sociaux, sur Linkedin, sur un CV, etc. Mais émettre un Open Badge est une première étape qui ne suffit pas à lui donner toute sa légitimité. Dans bien des cas, l’émetteur de badges ne réfléchit pas à la valeur du badge dans un écosystème. Avant de se lancer dans cette aventure, il faut s’interroger sur la plus-value pour le bénéficiaire et aussi à sa valeur au sein d’une communauté. L’Open Badge sera d’autant plus éphémère s’il n’est pas référencé dans des « Passeports dédiés », c’est-à-dire un endroit où la chaîne de valeur va être rendue visible dans un contexte communautaire. »

Éric Rousselle, CEO de Open Badge Factory

Le projet des « Passeports pour la construction »

En parallèle de ce travail de sensibilisation aux Open Badges, la fondation École française du béton (EFB), dont une des missions est de mieux faire connaître les métiers de la construction auprès des jeunes, initie et finance le projet de création des « Passeports pour la construction ».

« Il s’agit de créer une plateforme dédiée qui répertorierait les Opens Badges créés et délivrés par les acteurs de la construction. L’objectif est de créer un collectif en regroupant à la fois les organismes de formation, les industriels, les entreprises, les architectes, les organisations professionnelles et d’autres structures reconnues dans cette démarche. D’un côté, chacun doit réfléchir à sa stratégie de création d’Open Badge et de l’autre mettre sur pied les « Passeports pour la construction », pour donner à notre secteur une visibilité et une attractivité encore plus forte. Nous allons commencer par « un démonstrateur » pendant un an, suivi d’un bilan pour ajuster et améliorer la démarche. Il est nécessaire de faire évoluer ces deux projets simultanément. L’important dans cette approche est de voir ce qui peut être valorisé par et pour un jeune ou un salarié, qui ne le serait pas aujourd’hui et qui pourrait intéresser un potentiel employeur. Il ne s’agit en aucun cas de concurrencer les diplômes, mais de mettre en lumière des compétences qui ne sont ni validées, ni valorisées, c’est une autre dynamique. Par exemple, dans une école d’ingénieur, les étudiants sortent avec le même diplôme. Comment faire la différence devant un employeur ? Elle a toutes les chances de se faire avec un Open Badge qui atteste d’un prix remporté, d’un rôle actif mené au sein d’une junior entreprise ou d’une mission spécifique dans le cadre d’un stage. Ce projet fonctionnera à la condition de regrouper le plus grand nombre d’acteurs et d’avancer en même temps. Mais il y a une vraie volonté d’insuffler cette dynamique et de s’y engager. »

Sandrine Mansoutre, directrice de l’École française du béton (EFB)